"Pour écrire un roman ou du moins une nouvelle(soyons modestes), il faut de l'inspiration, du talent, de la motivation, de la persévérance(cela ne se fait pas en un jour). "
C'est l'un de mes rêves, songeait Nadège, les yeux perdus dans le vide à la lecture de cette phrase figurant sur une affiche de librairie.
Depuis, qu'elle a avait été en mesure de tenir entre ses doigts un stylo et de reproduire des caractères compréhensibles, elle avait rempli des montagnes de cahiers d'une écriture fine et maladroite. Malheureusement, personne n'avait jamais obtenu le privilège de lire, ses écrits étaient tenus secrets,à un tel point, qu'aucun membre de sa famille ou de son entourage n'avait jamais eu connaissance de la passion de Nadège pour l'écriture.
Bien sûr ses proches s'interrogeaient à son sujet, se demandaient ce qu'elle pouvait bien faire seule dans sa chambre des heures durant sans ordinateur, sans télévision ni poste de radio. Seuls les oiseaux, qui résidaient dans le grand arbre que l'on pouvait voir depuis la fenêtre, savaient que Nadège écrivait durant des heures dans la silence le plus total excepté leurs chants mélodieux. Cependant aucun n'aurait imaginé qu'elle puisse faire preuve de tant d'imagination créatrice et de talent aussi, car, il faut bien admettre qu'elle était douée, oh bien sûr comparé aux grands auteurs ce n'est rien, mais son style particulier aurait séduit jeunes et moins jeunes, qui se seraient aussitôt reconnus dans tel personnage, tel souvenir, telle émotion...
Il faut dire que Nadège n'était pas ce que l'on appelle une éléve brillante, elle réussissait toujours à obtenir la moyenne, ses résultats étaient jugés "suffisants", mais ne lui permettaient pas d'entrer à l'université.
Peu lui importait, Nadège n'était pas "faite pour les études" , étudier ne la passionnait pas le moins du monde, ce qu'elle voulait c'est observer l'espèce humaine et ses comportements parfois étranges afin de mieux comprendre les autres.
Les autres. Un terme désignant tous les inconnus qu'elle croisait chaque jour se rendant au lycée, elle ne s'était liée d'amitié avec personne hormis avec son professeur de littérature qui était fasciné par ses textes et par le personnage qu'elle s'était crée sans même le savoir. Ce dernier admirait son attitude posée quoique trop effacée, sa discretion, son respect le plus total des consignes, sa présence à chaque cours(même malade elle était là au premier rang à prendre des quantitiés de notes sur les textes de grands auteurs qui lui serviraient à améliorer ses propres écrits), sa maturité par rapport aux autres éléves qui ne cessaient de s'esclaffer pour rien.
Ce professeur d'une cinquantaine d'années, célibataire et sans enfants, vivant seul avec son chien dans une grande maison s'était pris d'affection pour cette jeune fille sensible qui semblait toujours si fragile, tant elle était pâle et maigre, dès le jour de la rentrée.
En outre, elle ne passait pas inaperçue, elle avait de très longs cheveux chatains qu'elle portait détachés et bouclés(alors que les filles de sa classe passaient des heures à lisser les leurs pour plaire aux garçons et correspondre aux stéréotypes d'une société qui vous juge essentiellement sur votre apparence physique), de grands yeux verts et s'habillait toujours avec de longues robes qui traînent par terre, accentuant encore davantage la petite taille de Nadège, mais peut-être était-ce fait exprès, peut-être était-ce sa façon de se faire remarquer puisqu'elle ne desserait que très rarement les lèvres pour murmurer des paroles incompréhensibles.